6.1
Le principe anthropique
Le principe anthropique, du grec "anthropos" homme, désigne l'homme
comme finalité de l'univers. On distingue le principe anthropique fort qui
définit l'observateur comme révélateur de l'univers par la vision qu'il en a.
Sans observateur, il n'y a pas d'univers. L'univers est tel qu'il est car nous
sommes là pour le voir. Le principe anthropique faible lui se contente de
constater en les mesurant que les constantes de l'univers (gravitation, de
Plank, charge de l'électron, masse des particules) sont ajustées pour que nous
soyons là, maintenant. Une légère différence dans ces constantes et
l'univers aurait évolué ou trop vite, et la vie n'aurait pas eu le temps
d'apparaître, du moins la vie intelligente, ou trop lentement et la terre
n'aurait jamais connu de conditions si favorables.
Force est de constater que cela est partiellement vrai, et la vie telle que nous
la connaissons n'a pu émerger que de part les valeurs favorables de ces
constantes. Cela sous-entend qu'elle est en l'état la seule possible et que
l'univers tel que nous le percevons est le seul réel. La physique quantique a
mis en défaut ce sentiment qu'a eu l'homme à la fin du XIXème siècle de tout
connaître. Elle décrit des phénomènes imperceptibles par nos sens et qui
sont pourtant bien réels. La matière dont nous sommes constitués prend
naissance dans ce monde microscopique et onirique dont l'existence n'est perçue
que depuis peu. Des notions aussi fondamentales et immuables que le temps elles
mêmes ont été démystifiées. Le partisan du principe fort s'interrogera
alors sur l'origine de la puissance de l'esprit humain capable de découvrir des
notions aussi abstraites. D'ou viennent ces intuitions? La maïotique, courant
philosophique, énonce que la connaissance est présente en l'esprit et que la
pédagogie a pour objet non pas de faire apprendre, mais de révéler au
conscient des notions déjà présentes. La dualité père-mère est assimilée
au 0 et 1 du système binaire et toutes nos pensées et notre inné en
découlant sont mis en parallèle avec la révélation des mathématiques, base
de tout raisonnement. Ces propositions sont évidemment purement spéculatives
et invérifiables, mais elles rejoignent en les plaquant d'un vernis
scientifique les grandes idées des religions monothéistes sur la place de
l'homme en tant qu'unique et parfaite création, dès lors que l'on en a eu la
sagesse, la capacité ou l'intuition de les débarrasser de leurs formes
sociales surajoutées pour n'en conserver que le fond mystique.
6.1 Nécessité du vivant. Déterminisme
Il est évident que ne viennent à l'esprit humain que des questions qui ont une
signification. L'intelligence n'est pas partagée par d'autres espèces et de
même que la frontière entre vivant et inerte est floue, celle qui délimite la
capacité de raisonner et de créer des pures vocations de subsistance et de
reproduction n'est pas quantifiable en termes de molécules et de circuits
neuronaux. On sait maintenant que le jeux d'échecs n'est pas un art puisqu'une
machine a vaincu Kasparov, et qu'aucune machine jamais ne peindra la Joconde.
D'où vient cette capacité, et surtout, quelle est son utilité? D'aucuns vont
jusqu'à avancer que l'homme est la finalité de l'univers et qu'il a un rôle
à y jouer, en retour vers ce qui a creusé le sillon dans lequel s'est écoulé
le lent processus de l'évolution.
Dans ce cas, de même qu'il a été découvert récemment que la station debout
de nos ancêtres pré-hominidés qui plus tard en libérant les membres
supérieurs participera à l'épanouissement de l'intelligence n'est pas due au
simple hasard du creusement du riff africain mais était inscrite, par
l'alignement vertèbres cervicales/trou occipital, de longue date alors même
que cette particularité anatomique ne présentait aucune utilité, l'existence
de notre espèce, ou du moins de l'esprit qui la caractérise, serait
déterminée depuis le départ, dans le premier brin d'ADN qui s'est agencé. Le
hasard se limiterait à ce que nous soyons ici, sous cette forme, et pas
ailleurs sous une autre. Le principe serait alors plus
"psychocentrique" qu'anthropique. Sans aller jusqu'à ces extrêmes,
méditons la phrase du très grand physicien contemporain Trinh Xuan Thuan,
auteur de "La Mélodie Secrète" et du "Chaos et l'
Harmonie" qui déclare dans ce dernier ouvrage :
"Pourquoi Beauté et Vérité vont-elles souvent de pair ? Comment la Nature se sert-elle de subtils principes de symétrie pour imposer une profonde unité et harmonie au monde physique ? Pourquoi l'homme est-il doué d'une "déraisonnable efficacité" à comprendre l'univers ? Se peut-il que ce soit pour lui donner un sens ? "